Actualité

ZONE A ETENDRE

S’inspirant de Shakespeare, et de Henri David Thoreau, Mariette Navarro propose ici une nouvelle manière, poétique, humaine, fantastique de créer de la pensée, de l’imaginaire, du théâtre, pour défaire l’imagerie binaire diffusée par les médias sur toutes les poches de résistances collectives à travers le monde. Des incursions du présent, notamment des évènements liés à la ZAD de Notre Dame des Landes, élaborées avec les élèves coménien.s.es, s’inviteront dans cette poétique. Zone à Etendre est aussi d’une réflexion puissante sur la mutation des êtres, qu’induit le vivre ensemble autrement, et sur nos liens intimes, physiques, et spirituels, avec la plus belle métaphore de l’exil, la forêt.

GERARD WATKINS AND THE SLEEPING BEAUTIES EN PREMIERE PARTIE DE SANSEVERINO AU BATACLAN 27 NOVEMBRE 2017

LE PERDITA ENSEMBLE a le plaisir de vous annoncer que Gerard Watkins and the Sleeping Beauties fera la première partie de SANSEVERION au Bataclan le 27 Novembre 2017

http://www.gerardwatkins.com

APOCALYPSE SELON STAVROS

Texte et mise en scène de Gérard Watkins

Avec Maxime Léveque
Lumières de Julie Bardin
Administration de production Silvia Mammano
11 au 30 Septembre 2017 20h
Théâtre de l’Épée de Bois – Paris
7 au 11 Mars 2018 – Théâtre Le Colombier – Bagnolet
Production – Perdita Ensemble.
Le Perdita Ensemble est conventionné par la DRAC Ile-de-France – Ministère de la Culture et de la Communication – Avec le soutien de RAVIV dans le cadre de partage d‘espaces de répétition. En Coréalisation avec le théâtre de l’Épée de Bois et le théâtre Le Colombier – Bagnolet.

Contact
Le petit bureau / Virginie Hammel & Claire Guièze
Virginie Hammel : 06 13 66 21 33 / virginiehammel@me.com
Claire Guieze 06 82 34 60 90 / claire.guieze@orange.fr

Le monde est un et commun, mais lorsqu’il sombre dans le sommeil,
ils se tournent chacun vers le sien propre.

Héraclite

Apocalypse selon Stavros est né d’une intuition. De partir avec Maxime Lévèque sur les traces de l’Apocalypse de Jean de Patmos, et de l’essai critique posthume de DH Lawrence, pour interroger ce que cette œuvre révèle sur une partie du monde occidental appelée Europe. 12 jours d’immersions et d’improvisations en totale liberté pour chercher à l’endroit même ou le poème sanglant et terrifiant fut créé, son antidote, pour débarrasser l’homme de l’idée de la fin, de la sélection, de la punition et du jugement. Car Stavros voit, comme le décrit Deleuze dans son introduction du livre de Lawrence, que l’apocalypse n’est ni joué par Donald Trump dans le rôle de l’Antéchrist, ni inscrit dans le désastre écologique de la planète qui mène à la fin du règne humain, mais bien dans l’organisation du monde telle qu’elle existe déjà, avec ses frontières, ses iniquités, ses armées, son système éducatif, ses chars Titus, ses dettes, ses plans d’austérités, ses médias. De son effroi, Stavros assistera à son apocalypse, c’est à dire à sa révélation, renouveau de son être, et de ses possibles relations avec l’autre. Stavros a un objectif. Interroger l’Apocalypse. Qui définit la pensée Européenne depuis des siècles. User de la même force visionnaire pour exposer ce qu’elle est, et non ce qu’elle raconte sur le désir de certains de s’en sortir quand d’autres périssent. De démanteler par une poétique le projet économique, sociétal et culturel, là, ou Lawrence tentait de démanteler le christianisme. Il y à la extension du domaine de la lutte envers les manipulations de la peur, ses outils, sa fabrique mondiale. Stavros, en un contre-poème épique, va jouer sans cesse avec le contenant et le contenu

L’apocalypse, c’est l’homme qui fini par sortir dans le jardin pour choisir la branche avec laquelle il va se flageller.
L’Apocalypse, c’est le mur.
L’apocalypse, c’est ce qui fiche et fige les êtres.
L’art de l’apocalypse n’est pas l’art de la prophétie effrayante.
L’art de l’apocalypse est l’art d’en révéler la présence dans le geste enfermant du jeu de la société moderne avec la peur.
L’art de l’apocalypse consiste à faire comprendre que nous sommes en plein dedans.
L’art de l’apocalypse est le jeu des images qui libère de la peur.

Apocalypse selon Stavros est tout sauf un essai religieux. La seule religion que l’on y trouve est dans l’idée que la poétique et sa plus sincère expression sont une religion en soi. Il s’agit d’un essai sur l’homme et sa manière de voir, ses visions, ses interprétations, sa difficulté à se débarrasser des fictions imposées, ses peurs, ses angoisses, et ses manières de les vaincre ou d’y succomber. D’un essai sur l’artiste et ses contradictions. Ses tentatives et ses difficultés à se faire comprendre. Sur le monde tel qu’il a été verrouillé, dans ses structures, son urbanisme, ses institutions, ses lois.
Dans notre méthode de travail, nous avons pris soin d’absorber le plus possible le travail de pensée, de recherches, de lectures avant de se lancer dans la fabrique du poème. Car le poème doit évidemment le contenir organiquement et ne pas l’expliquer. Il ne s’agit pas d’un pensum mais d’une fabrication fictive et poétique libre. Il conviendra au spectateur d’avoir le plaisir ou non d’y déceler ce qu’il exprime politiquement sur le monde. D’en déceler la force de vie et la qualité de ses contradictions. Nous avons cartographié différents espaces sur l’Ile de Patmos. Collines, clairières, monastères, baies, friches, pour construire, en improvisant, les bases du récit, et la structure affective et imaginaire de Stavros. Ce travail sur le vertige et la mise en abîme a été filmé, et ensuite écrit.
Écrire une performance, c’est inscrire, dans la dramaturgie du récit, la pertinence de cette forme, participation du publique, expérience partagée, usage du temps, du silence, de la recherche, du fragile, de la rupture narrative et temporelle. C’est donner une identité profonde au performeur, et déjouer la construction habituellement linéaire d’un monologue, par une construction rythmique, musicale, et un jeu constant entre l’illusion et la réalité.

« L’apocalypse, ce n’est pas le camp de concentration, (Antéchrist), c’est la grande sécurité militaire, policière, et civile de l’état nouveau (Jérusalem Céleste). La modernité de l’apocalypse n’est pas dans les catastrophes annoncées, mais dans l’auto-glorification programmée, l’institution de gloire de la Nouvelle Jerusalem, l’instauration démente d’un pouvoir ultime, judiciaire, et moral. Terreur architecturale de la Nouvelle Jerusalem, avec sa muraille, sa grande rue de verre, « et la ville n’a besoin ni du soleil ni de laune pour l’éclairer » et il n’y rentera rien de souillé, mais ceux là seuls qui sont inscrits dans le livre de l’agneau. »
Gilles Deleuze dans son introduction de « Apocalypse » de DH Laurence.

A Calais, aujourd’hui, ce ne sont pas des aides humanitaires qui sont envoyés, mais des policiers supplémentaires, pour s’assurer qu’une nouvelle Jungle ne s’y construise pas. Sur les côtes Libyennes, un jeu se tend entre les associations secouristes maritimes et les autorités frontalières.

C’est l’Apocalypse dont parle Deleuze.

ORIGINE

En Janvier 2012, pendant une grande vague de froid, le groupe 20 de l’École Régionale d’Acteurs de Cannes partait au quatre coins de l’Europe pour tenter d’en sonder l’identité, et y débusquer les utopies naissantes. De Riga à Athènes, d’Amsterdam à Stockholm, de Gdansk à Bucarest et à Hambourg, des binômes sont restés trois semaines en immersion et sont revenus avec un matériel délirant qui a constitué leur spectacle de sortie, Europia – Fable Géopoétique. Cinq ans plus tard, quelques mois après le Brexit ; que reste t il de ce travail ? De cet élan complexe et multiple. Il y a dans ce projet le désir d’ouvrir à nouveau les pages de ce livre, et d’en chercher une extension poétique, comme la queue d’une comète. Et de jouer avec l’Europe comme le ferait un fou Shakespearien. Fiévreusement. Par métaphores, épiphanies, images, convocations de nos peurs et de nos interrogations. L’Europe a peur. De nouveau. De l’intérieur. Grippé au ventre. La peur en Europe est une maladie infecte et contagieuse. “Nothing to fear but fear itself”, comme disait Roosevelt en 1933. On s’y répand avec une complaisance inouïe. C’est là, maintenant, mais ça a toujours été là. Épidémie de Peste. Invasions. Guerres civiles. Frontalières. Pestes brunes. Peur de quoi? Peur de perdre sa place. Peur de sombrer dans le chaos. Peur d’invasions religieuses ou économiques. Peur de ne plus jamais connaître le plein emploi. Peur de se retrouver à la rue. De perdre son identité. Sa cuisine. Sa religion. Son athéisme. Ses mœurs et coutumes. Et revient cette image d’un continent qui coule et d’être la dernière surface à avoir la tête hors de l’eau. Image de murs aussi comme celui qui se dresse entre les États-Unis et le Mexique, ou des kilomètres de barbelés à la frontière Hongroise. Cette grande aventure européenne, mystérieuse, profonde, multiple, génératrice d’autant de beauté que d’horreur, a t elle encore un avenir tant qu’elle n’en finit pas avec sa peur ? Et si la peur s’exprimait de manière plus exutoire que par des murs et des barbelés ? Si elle reprenait sa poétique en main? C’est là qu’intervient Stavros. Que se réveille enfin Stavros. Qui dormait profondément, comme à son habitude, qui hibernait, pour se remettre de son dernier traumatisme en date, et reprendre des forces pour jouter de nouveau avec la poétique et la confrontation.

Gérard Watkins